Atomike Studio
Mike Stefanini est le créateur de Atomike Studio. Graphiste freelance, Mike vit à Nantes et bosse un peu partout en France voire en Europe... Atomike Studio est avant tout un studio de création dans le domaine de la musique, affiches, jaquettes, etc. Découvrez l'interview en lisant la suite!
C’est à tes début de freelance que tu as lancé Atomike Studio ? Et depuis combien d’années es-tu free ?
Oui c’est tout à fait ça, à la fin de mes études j’ai bossé dans un tout petit studio miteux au dernier étage d’un immense immeuble sur un minitel… Et comme en général dans la pub on veut bien embaucher des débutants à condition qu’ils soient expérimentés et confirmés… j’ai lancé Atomike Studio pour bosser seul et montrer à la terre entière que je suis le… hola on se calme ! Je suis free-lance depuis… OH ! Déjà 7 ans !
Tu vis à Nantes, il y a beaucoup de boulot dans ce coin ? Ou tu bosses ailleurs également ?`
Hum… bizarrement, malgré mes connexions et l’impressionnante suractivité culturelle musicale et événementielle de Nantes, je n’arrive pas trop à bosser pour des clients locaux. II y a beaucoup (trop ? hum…) de graphistes ici, avec au moins 6 écoles de graphisme, c’est de la folie.
En fait je bosse vraiment pour des clients partout en France, voire plus largement en Europe et quelques clients encore plus loin… !
Je bosse aussi pour des agences parisiennes.

Tu travailles beaucoup dans le domaine de la musique et du culturel (flyers, affiches, jaquettes de CD, sites web) autant en temps que DA qu’en temps que graphiste ?
Oui c’est vrai que c’est mon domaine de prédilection, parce qu’il n’y a presque pas de limite à la création, et surtout quand tu passes d’un artiste à un autre, tu plonges dans un nouvel univers, c’est une nouvelle rencontre, et il faut repartir à zéro, oublier tous ses tics, ses réflexes, et je trouve ça très excitant surtout que j’ai très souvent carte blanche, je suis très libre et mes clients me font confiance, ils ne savent jamais ce que je vais leur proposer !!
En fait, je suis le plus souvent DA, parce que les gens qui me confient leur image ignorent souvent comment on procède dans ce métier, ce qui compte c’est de prendre en charge les projets au maximum. Donc souvent je commence par écouter, et après je réfléchis vraiment au sens du message du client, même s’il est uniquement esthétique, et je mets tout à plat, et ensuite je fais des choix de techniques d’univers, de références, mais c’est parfois très instinctif. J’essaye de réfléchir comme une agence à moi tout seul en fait, c’est peut- être pour ça que j’ai des boulots très différents. Je ne me considère pas comme un artiste qui sait bien faire un truc et à qui on fait appel pour avoir ce style appliqué à tel support, d’ailleurs ça ne m’intéresse pas. Je suis simplement graphiste ! Mais attention, il y a aussi beaucoup de contraintes et d’intermédiaires, parfois il faut faire des compromis.
Comment se passe un boulot quand tu es DA ? Tu as plusieurs graphistes sous la main ? tu sous-traites des graphistes free ?
Concrètement, il y a plus de travail en amont de la création, plus d’échanges, plus d’intervenants, plus de choix à faire et plus de risques.
Pour l’instant j’ai pris le parti de tout faire moi-même. Pour des raisons financières et aussi pour des raisons d’égo ! Mais je rêve quand même de pouvoir bosser un jour sur un projet dont mes idées et la réalisation dépassent mes compétences de graphiste pur et de faire intervenir des gens appropriés et talentueux. Je reste persuadé qu’on fait des trucs bien plus énormes à plusieurs que tout seul. C’est pour ça aussi que j’aime énormément partager avec les autres graphistes ou les autres créatifs, ça évite de se positionner uniquement dans un esprit de compétition. J’aime autant les relations et les échanges que la création dans ce métier.

Tu fais aussi du logo, cela représente combien de ton activité globale ?
C’est très faible, parce qu’on me le demande peu, et c’est dommage parce que j’adore ça et c’est plus rentable souvent, que de passer 200 heure sur une pochette pour 3 fois moins de budget !
Mais je travaille souvent les logos pour les artistes, ça fait partie du package !

Tu as une rubrique photos sur ton site, tu es amené à prendre toi-même les photos pour une jaquette ou une affiche par exemple ?
Oui alors, je ne suis pas du tout photographe, c’est même un complexe ! J’ai une approche assez basique de la photo, c’est très instinctif, c’est plus aussi parce que c’est mon univers très silencieux et vintage qui se dessine à travers mes photos.
Bien sûr il arrive que j’utilise mes photos pour des travaux mais elles ont toutes un peu le même grain, et je ne veux pas m’enfermer là-dedans. C’est une démarche parallèle de création.
Je dois dire d’ailleurs que je suis fan de photographie et que ça m’émeut beaucoup plus que le graphisme, c’est un comble non ?!
Tu vis de ton boulot de free ou tu travailles à côté ?
Je travaille énormément, je ne compte pas mon temps sur les projets, je dors très peu et je galère beaucoup. Il faut vraiment s’accrocher et être passionné par ce métier sinon, on craque vite. Je ne fais que ça pour le moment.
En même temps je pense à me recycler ou à faire évoluer mon travail ou mon secteur, car il faut bien le dire, avec les transformations que vivent les supports de la musique, mon métier risque de disparaître ou alors de muter vers autre chose. Et puis il n’y a pas beaucoup d’argent qui circule aujourd’hui. Je ne sais pas trop quoi en penser d’ailleurs, mais aujourd’hui tout le monde peut faire son album electro à la maison ou même son album rock, balancer son myspace, puis faire des concerts, en évitant parfaitement le circuit des labels et des graphistes…
Et il y a des milliers de groupes tous aussi talentueux les uns que les autres, qui sont programmés par les festivals, et pourtant beaucoup ne sont pas des intermittents et ne gagnent pas d’argent. Dans un sens c’est pas plus mal que la musique explose comme ça en permanence, avec de l’indépendance et en même temps, c’est dur d’en vivre, donc frustrant.
Vers quoi tu te diriges ? Tu veux plus te spécialiser dans un domaine ?
C’est très difficile à dire, je vais peut-être arrêter ce métier avant qu’il soit trop tard. C’est un métier dur pour ça. Tu arrives à imaginer toi ce que tu feras dans 5, 10, 30 ans ? A cette échelle, faire des pochettes d’album semble complètement dérisoire.

Ton site est un portfolio de tout ton travail ? Ou tu montres uniquement les boulots que tu préfères ?
C’est une sélection, que j’espère judicieuse.
Que penses-tu du graphisme en ce moment ? Des tendances ? Du graphisme animé et dessin animé que l’on voit de plus en plus dans la pub ?
Vaste question. Appuie sur Play/Rec c’est parti : J’ai tendance à penser certains jours que ce que je fais et produis ne sert strictement à rien. De belles images sans aucun sens.
Les kids apprennent de plus en plus vite, toutes les 5 minutes il y a un type derrière son mac qui crée une image incroyable, nouvelle, imaginative, de très bonne qualité. On atteint aujourd’hui des sommets en matière de création, de qualité de fabrication, tout est à la portée de tout le monde. On clique 2 fois sur internet et on découvre des milliers de gens doués, plus doués que soi. Et en même temps cette production m’écoeure parfois. Quel est le sens de mes images dans tout ça?
Peu de gens disent des choses avec les images si tu réfléchis bien. Et moi le premier. Peu de gens sont courageux. Pas de recul, simplement un flot d’images qui alimente notre société, nos écran et nos esprits , et qui sont broyées très vite, qui n’apportent aucune solution, ni ne soulèvent de questions… C’est très terne comme tableau, ça peut choquer, je suis d’accord. Mais j’avais eu la faiblesse de penser, quand même, que le graphisme pouvait avoir une utilité, et ne pas se cantonner à une fonction esthétique et divertissante ou marchande. Et les graphistes sont souvent inconscients de cela.
Le résultat de tout ça est que je me demande combien de temps encore je vais faire ce métier parce que mes yeux sont saturés. Je recherche quelque chose de plus authentique. Oulala il faut que j’arrête de parler comme ça, qu’est ce que c’est ennuyant ! Pour résumer, j’ai envie de dire que le « fun » ne suffit pas à lui seul à justifier ce métier.
Pour terminer, un petit conseil pour les futurs graphistes freelances ?
Soyez courageux, fuyez la facilité, la médiocrité, travaillez dur, soyez ouverts et dites-vous que le graphisme n’est pas une compétition de mode. Et surtout n’écoutez pas trop les conseils que les autres graphistes vous donnent…

Le bureau de Mike...

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